Befoza en 2026 : où en est le village.
Trente ans après les premières pierres, l'œuvre de Sœur Jeanne a changé de nature : d'un village qu'on aide, Befoza devient un village qui apprend à tenir debout seul. Le point, axe par axe — sans embellir.
On mesure une œuvre à ce qu'il en reste quand on cesse de la regarder. À Befoza, trente ans après que Sœur Jeanne Ralimanana y a posé la première intention, il reste une école pleine, un dispensaire qui permet de pratiquer des accouchements dans de bonnes conditions, une eau qui coule, et — c'est nouveau — une terre qui commence à rapporter de l'argent au village lui-même. C'est de ce dernier point que nous voulons parler cette année. Parce qu'il change tout.
Mais reprenons dans l'ordre où les choses ont été bâties. Cet ordre n'est pas un hasard : c'est une méthode.
L'éducation, d'abord. Toujours.
Rien n'a été possible sans l'école. C'est par elle que tout a commencé, et c'est elle qui reste le socle. Aujourd'hui, 360 enfants sont scolarisés à Befoza, encadrés par 18 professeurs présents sur place. L'école primaire a été rejointe par un collège — et pas n'importe lequel : un collège agricole, pensé pour que les jeunes apprennent à faire vivre leur propre terre plutôt qu'à la quitter.
Les étapes sont modestes vues de loin, décisives vues de près : des fenêtres posées en 2015 pour isoler les salles du froid des hauts plateaux, puis en 2017 deux salles neuves pour les premières promotions du collège, du mobilier, une clôture, l'électricité solaire. Chaque brique a permis la suivante.
La santé, parce que c'est un besoin fondamental.
Avant, le premier centre de soins était à des heures de marche. En 2016, un dispensaire est sorti de terre. Il est aujourd'hui tenu par une infirmière et deux sages-femmes ; en 2025, il s'est agrandi et électrifié — une maternité mieux équipée, une salle d'analyses. Ce qui se joue là ne se voit pas sur une photo : ce sont des naissances qui se passent bien et des maladies mieux prises en charge.
L'eau, condition de tout le reste.
On oublie souvent que rien ne pousse et que rien ne se soigne sans eau propre. En 2023, une fontaine à eau potable a été installée au cœur du village. En 2024, une grande citerne est venue sécuriser l'irrigation. Ces deux chantiers, discrets, sont ceux qui rendent tous les autres durables.
L'autonomie : le vrai tournant.
C'est ici que 2026 se distingue des années précédentes. Longtemps, Befoza a reçu. Désormais, Befoza produit. L'irrigation permet de cultiver le Ravintsara, cet arbre dont Madagascar tire des huiles essentielles reconnues. En 2019, un réseau de distribution a été monté pour vendre cette production en réduisant les intermédiaires — et donc en gardant la marge au village. C'est un basculement de nature, pas de degré : la différence entre assister et émanciper.
L'objectif, à terme, est limpide : que la ressource finance le village par elle-même. Que l'aide extérieure devienne un accélérateur, non une perfusion. Peu d'ONG peuvent dire cela. Befoza le construit, lentement, réellement.
Ce que votre soutien construit maintenant.
2026 n'est pas une année de pause. Deux chantiers sont en cours : un forage, à l'étude, pour donner de l'eau en toute saison à moindre coût, et la poursuite de l'équipement médical du dispensaire. L'un sécurise l'alimentation, l'autre sécurise la vie. Les deux prolongent la même logique : rendre le village un peu plus capable de se passer de nous.
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Voilà où en est Befoza en 2026. Ni miracle, ni misérabilisme : une accumulation patiente de gestes concrets, qui tient parce qu'elle a été menée dans le bon ordre. Trente ans que Sœur Jeanne redonne à toute une population sa dignité — c'est-à-dire le droit de choisir sa vie, chez elle. L'association existe pour que cette énergie ne s'arrête jamais.
